Le projet
Au retour de Géorgie en
2007, après avoir réussi la traversée Shackleton, nos envies se tournent
vers la péninsule Antarctique. En effet les moments uniques que l’on vient de
vivre sur les montagnes de Géorgie du Sud nous ont donnés envie de replonger
dans les mers du grand Sud et d’aller découvrir ses immenses glaciers plongeant
dans la mer.
Pas
d’aéroport, pas de route, c’est l’isolement le plus total, le monde du bout du
monde. Sur cette péninsule les îles, fjords, morceaux de banquise et d’icebergs
s’enchevêtrent. Les montagnes s’élèvent parfois à presque de 3000 mètres au
dessus de la mer. La faune aussi est unique : otaries, éléphants de mer,
baleines, manchots… Sans doute l’une des plus spectaculaires régions au monde.
En 1914, Sir Ernest Shackleton part tenter la traversée du
continent Antarctique. En mer de Ross son bateau « l’Endurance » est pris dans
les glaces, puis broyé. L’équipage se réfugie alors sur l’Ile de l’Eléphant.
Shackleton décide de rallier les stations baleinières de Géorgie du sud à la
recherche de secours ; dans une petite chaloupe, avec cinq compagnons, ils
accostent sur la rive Nord-Ouest de l’île. Les bases se trouvant de l’autre
côté, ils sont obligés de traverser l’immensité glaciaire de Géorgie. L’équipe
au complet rentre indemne de ce périple qui dura deux années. Modèle de courage
mais aussi de gestion humaine, le récit de Sir Ernest Shackleton est à lire
absolument !
Notre expédition se propose d’aller skier en
péninsule Antarctique sur les nombreux sommets bordant l’île de l’Eléphant. Skis
de randonnée et pulkas nous permettront de pénétrer en plein cœur de ce
territoire sauvage. Le bateau nous servira de camp de base et de moyen de
locomotion pour explorer les îles…
Le bateau :
Podorange
Sloop en acier de 67 pieds (20 mètres) de 1996. Ancien vainqueur du BT Global
Challenge (tour du monde contre vents et courants, en équipage et avec escales)
en 1997.
Robuste, solide et marin, « Podorange » offre les meilleures garanties en termes
de sécurité et de confort.
Ses 43 tonnes, ses 280 m² de voilure et son moteur de 135 chevaux nous
permettront d’étaler toutes les mers, même les plus dures.
Parfaitement adapté pour les régions polaires, ce voilier offre toute la
sécurité (certification MECAL) et le confort requis pour des expéditions et des
croisières dans les régions australes. Il dispose d’une forte autonomie et d’une
grande capacité d’accueil (12 personnes).
Le couchage se fait en cabine double / lit individuel superposé
ultra-confort en mer. Le bateau compte deux salles de bain toilettes,
faciles d’utilisation.
Le grand carré peut accueillir tout l’équipage à la fois. En terme
d’équipement, nous offrons la possibilité à nos équipiers de recharger leurs
différentes équipements électroniques (portable, téléphone, appareil photos,
etc.).
Brice
Monégier du Sorbier et Hervé Olagne, tous les deux 30 ans, sont des passionnés !
Pendant trois ans, ils ont navigué autour du monde à bord d’un petit voilier,
Kifouine, et parcourus 41 000 milles. Ils ont ainsi acquis une grande expérience
de la navigation.
Leur périple les a menés en Terre de Feu dont ils sont tombés amoureux. Brice
est ensuite parti en Péninsule Antarctique pour préparer le voyage de 2010.
L’aventure
hors du commun qu’ils ont menée avec 45 jeunes adultes handicapés (7 escales
communes, réalisées autours du monde) leur a permis d’acquérir une solide
expérience dans l’organisation.
De leur aventure, ils ont tiré un livre : « Kifouine, un tour du monde en
soliDaire » (Le Cherche Midi Editeurs).
Un peu d'histoire...
La conquête du pôle Sud…
Pendant longtemps, l’Antarctique était considéré comme faisant
partie d’un seul continent austral englobant Terre de Feu, Australie et
Nouvelle-Zélande. Cook, lors de sa deuxième expédition australe en 1773,
franchit par trois fois le cercle polaire et atteint la latitude record de 71°S.
Il note la présence d’une profusion de baleines ce qui entraîne de nombreux
pêcheurs aventureux dans ces mers au début du 19ième siècle.
En 1823, la chasse aux phoques amène James Weddell dans la mer
qui porte aujourd’hui son nom jusqu’à la latitude de 75°S. James Clarke Ross est
le premier à oser s’aventurer au milieu des glaces flottantes en 1840 et atteint
l’île de Ross à 77°S, nouveau record et point de départ favori des expéditions à
venir… Durant la deuxième moitié de ce siècle, la connaissance de ces régions ne
progresse guère, les baleiniers qui hantent les mers du Sud s’arrêtent
prudemment à la lisière des glaces flottantes.
Le premier hivernage austral n’a lieu qu’en 1898 par le Belge
Adrien de Gerlache. On note parmi les membres de l’expédition un jeune marin
Norvégien, Roald Amundsen. Les Anglais décident alors que le point le plus
méridional de la planète doit être atteint et chargent Scott de cette mission.
En 1901, il s’embarque à bord du Discovery avec un jeune officier de 26 ans :
Ernest Shackleton.
Le 31 décembre 1902, Scott est obligé de faire demi-tour,
l’équipe étant en manque de nourriture et Shackleton atteint par le scorbut.
Commence alors une course effrénée en direction des Pôles : 1909,
victoire présumée de l’Américain Peary au Nord ; 1911, Amundsen atteint le Pôle
Sud un mois avant Scott, qui meurt d’une manière tragique au retour à moins de
20km d’un dépôt de vivres.
Un climat redoutable
Les températures de l’Antarctique sont en moyenne de 15°c
inférieures à celles rencontrées aux mêmes latitudes de l’Arctique. La sensation
de froid est accentuée par les fameux blizzards qui soufflent presque
constamment avec une violence inconnue sur le reste de la planète.
Traverser les mers qui bordent ce royaume des glaces et du vent
n’est pas une mince affaire quand on rencontre des vagues de trente mètres et
des icebergs pouvant recouvrir deux fois la Corse…
L’expédition Shackleton de 1914
Shackleton a tout juste 40 ans et une bonne expérience du Sud
polaire. Si sa première expédition (1901) en compagnie de Scott est un échec,
l’accueil que lui réserve l’Angleterre à son retour est triomphal. Le 7 août
1907, Shackleton met le cap au Sud sur le Nimrod et débarque sur l’île de Ross.
L’expédition atteint le pôle magnétique (88°23’) lorsque Shackleton décide de
rebrousser chemin à moins de 180 km du pôle géographique, à court de nourriture.
Le retour s’avère particulièrement pénible mais l’expédition a tout lieu de se
féliciter au retour au camp de base le 28 février 1909. La presse Britannique
fait une large place à cet exploit ; Shackleton est anobli par le roi.
La victoire de Peary au Nord, d’Amundsen au Sud et la mort
tragique de Scott incitent les Britanniques à relever la tête et à tenter un
nouveau coup d’éclat. La traversée du continent de part en part…
Le plan de l’expédition est ambitieux : rejoindre la mer de
Weddell pendant le printemps austral de 1914 puis parcourir 2900 km à travers
l’Antarctique en traineau pour rejoindre la mer de Ross, en passant par le pôle…
Deux bateaux sont nécessaires, un pour chaque mer. L’Aurora ira
en mer de Ross, son équipage est chargé de faire des dépôts de vivre pour le
groupe mené par Shackleton au départ de la mer de Weddell. Il quitte la Tasmanie
le 24 décembre 1914.
Shackleton quitte l’Angleterre le 8 août 1914, quatre jours après
la déclaration de la guerre, sur l’Endurance, au nom prédestiné.
En mer de Weddell
Après une escale à Buenos Aires, l’Endurance touche la Géorgie du
Sud le 5 novembre 1914 et en repart un mois plus tard pour la mer de Weddell. Un
temps anormalement froid interdit à l’Endurance de toucher la terre. La bateau
se fait prendre par les glaces et devient officiellement une station hivernale
le 24 février 1915.

Partie de foot sur la banquise
A la fin de l’hiver austral en août 1915, les glaces flottantes
commencent à exercer des pressions énormes sur le bateau. Le 26 octobre,
Shackleton ordonne de débarquer canots, traîneaux et vivres sur la banquise. Le
27, l’équipe abandonne l’Endurance qui sera broyé par les glaces dans les jours
qui suivent.

Le projet de Shackleton est alors de rallier en marchant le dépôt
de vivre de Snow Hill, situé à 480 km sur la banquise. Le 30 octobre 1915, le
groupe se met en route mais abandonne le 1er novembre devant l’énorme
difficulté de la progression. L’idée est alors d’attendre la formation d’une
brèche dans la banquise : « Ocean Camp » est créé.
Le 9 avril 1916, après 156 jours passés sur la banquise, la glace
se fend, les hommes embarquent sur les trois canots de sauvetage. Pendant cinq
journées épouvantables, affamés et assoiffés, gelés jusqu’au os et incapables de
dormir, ils luttent contre les vagues, les températures glaciales, les glaces
flottantes dans des canots et des vêtements recouverts de glace. Finalement, à
l’aube du 14 avril, l’île de l’Eléphant est en vue, plusieurs hommes sont aux
portes de la mort !
Shackleton décide alors de tenter de rejoindre la Géorgie du Sud
sur le plus gros des canots pour aller chercher du secours.

Le James Caird au départ de l’île de l’Eléphant pour la
Géorgie du Sud
Le 24 avril, accompagné de 5 compagnons, il quitte l’île de
l’Eléphant pour 17 jours de traversée ; gelés, trempés jusqu’au os, leur bateau
ballotté en tous sens subissant en continu d’énormes vagues, recouverts de
givre, chaque jour ressemble à un cauchemar horrible et glacial. Une énorme
vague est à deux doigts de les engloutir, ils subissent un violent ouragan qui
fait sombrer un gros steamer.

Les adieux sur l’île de l’Eléphant
Finalement, le 10 mai 1916, ils réussissent l’impossible en
débarquant en Géorgie du Sud après avoir parcouru 1300 km sur l’océan
Antarctique dans un minuscule bateau.
Mais l’aventure n’est pas terminée. Débarqués du « mauvais côté »
de l’île, ils n’ont d’autre choix que de traverser à pieds les montagnes de
Géorgie du Sud recouvertes de glaciers. Le 19 mai, Shackleton et deux compagnons
laissent derrière eux le monde connu et partent pour 42 km de glace et de roche
non cartographiées. Trente six heures plus tard, trois hommes en loques
surgissent du cœur de l’Antarctique dans la station baleinière de Stromness…
Le lendemain matin, les trois hommes restés de l’autre côté de
l’île sont secourus mais il faut attendre le 30 août 1916 pour que la navire
Yelcho puisse atteindre l’île de l’Eléphant. A leur arrivée à Punta Arenas, le 3
septembre, ils sont accueillis par 8000 personnes. « Tous sains et saufs ! Voilà
une épopée dont le monde se souviendra » titre le Herald de Buenos Aires. La
fête continue ainsi pendant plusieurs semaines, partout où ils vont. L’échec
triomphal de Shackleton fait la une des journaux.
En mer de Ross
Alors que des températures anormalement froides pour la saison
bloque l’Endurance, une vague d’air tiède s’étend sur la mer de Ross,
ramollissant la neige et empêchant les traîneaux de progresser vers le pôle. Au
début de l’année 1915, l’équipe parvient à déposer des vivres jusqu’à 80°S.
S’il n’était pas revenu à l’automne 1915, Shackleton avait
demandé que d’autres dépôts soient construits près du glacier de Beardmore.
C’est pourquoi l’Aurora n’est que partiellement déchargé le 7 mai 1915 quand,
sous l’effet d’un effroyable coup de vent, il rompt ses amarres et se met à
dériver dans la nuit.
Les dix hommes alors à terre supportent difficilement l’hiver mais effectuent
leurs travaux printaniers, en augmentant les dépôts de provisions.
Trois hommes perdent la vie et les survivants souffrent de faim et de froid dans
des conditions identiques à celles rencontrées sur l’île de l’Eléphant.
Les sept rescapés sont finalement secourus le 10 juin 1917 par Shackleton sur
l’Aurora.
En 1922, l’infatigable aventurier s’embarque sur le Quest afin
d’explorer la terre d’Enderby. Le 4 janvier, il jette l’ancre en Géorgie du Sud
où il s’était promis de passer une soirée en compagnie des pêcheurs qui
l’avaient recueillis quelques années auparavant. Rentré seul à bord, il est
terrassé par une crise cardiaque…
Un rocher dominant la mer signale aujourd’hui sa tombe, aux
portes de l’Antarctique.
La Péninsule Antarctique

La péninsule se
situe plus ou moins dans la continuité des Andes de l’Amérique du sud. Elle est
très montagneuse, ses plus hauts pics atteignent 2800 mètres, les glaciers se
déversent dans la barrière de Larsen.
Le climat est
le plus doux du continent Antarctique (0 à 5°C en été, -20 à -10°C en hiver).
Les Argentins,
Britanniques et Chiliens revendiquent la propriété de ce territoire. Cependant,
comme le reste du continent, il tombe sous le traité de l’Antarctique et aucune
des revendications n'est actuellement reconnue.
La découverte
de la péninsule Antarctique n'est pas connue mais semble avoir lieu dans les
années 1820.
Le premier
hivernage Antarctique a lieu le long de sa côte ouest par plus de 71° de
latitude sud (expédition Antarctique belge de 1897-1899, à bord du trois-mâts
Belgica
commandé par
Adrien de Gerlache de
Gomery).
Le traité
de l’Antarctique :
Il est signé le
1er décembre 1959. Son objectif principal est de s’assurer dans l’intérêt
de toute l’humanité
que l’Antarctique continuera à être employé exclusivement à des fins pacifiques
et ne deviendra ni le théâtre ni l’enjeu de différents internationaux.
Le Traité met
en veilleuse les
revendications
territoriales des signataires sur l'Antarctique. En aucun cas la
signature de ce traité ne signifie la renonciation d'un État à ses droits ou
revendications de
souveraineté
sur le
continent.
Seules les
activités pacifiques sont autorisées en Antarctique. Le Traité établit un cadre
d'échange d'informations, de personnel scientifique, d'observations et de
données concernant les activités réalisées par les signataires sur le continent.
Toutes mesures
de nature militaire et non pacifistes y sont interdites. Ainsi, l'usage des
bases à des fins militaires est prohibé. La réalisation d'essais
nucléaires est interdit, tout comme le dépôt de matériel radioactif.
Il existe un
système d'inspection ouvert à toutes les parties du traité. Les observateurs
peuvent se rendre dans toute station ou tout coin de l'Antarctique (au sud du
60e degré de latitude sud)
pour vérifier que les activités humaines sont menées conformément aux principes
du traité sur l'Antarctique.
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