Si, pour les skieurs de randonnées, les journées de
transition –annoncées tout au moins comme telles par les guides- sont
parfois redoutables parce qu’elles signifient en réalité qu’on ne sait
tout simplement pas ce qui va s’y passer, celle d’aujourd’hui est
conforme à son appellation. Nous cherchons des sites de débarquement
entre îles et archipels pour nous débarquer à l’endroit le plus propice
afin de tenter, le moment venu, le Mont Français. Mais nous n’en sommes
pas encore là… Si nous n’avons pu trouver le site en question, toutes
les baies se révélant aussi somptueuses que constituées d’une
concentration infranchissable de growlers et d’icebergs, nous nous
sommes remplis les yeux à satiété de vues étonnantes et toujours aussi
émouvantes de plénitude. Il faut rappeler que nous bénéficions en ce
lieu géographique du jour permanent et nous profitons de ce cadeau pour
prolonger sans limites nos séquences natures et animalières.
Ainsi un léopard des mers, digérant sans doute sa chasse du
jour, a eu la surprise (bonne ou mauvaise ?...) de notre visite prolongée. Sa
tête d’iguane, sa bouche encore badigeonnée de sang frais, ses dents dont il a
tenu à nous faire admirer la finesse et la longueur en l’ouvrant si largement
que le message délivré était clair, nous ont simplement fascinés. Sur son cou on
pouvait voir des traces profondes d’une morsure encore toute sanguinolente comme
en témoignait d’ailleurs son lit de glace, tacheté de rouge.
Hier soir une autre séquence encore plus irrésistible nous a
profondément émus et retenus près de deux heures sur le pont : quelques dizaines
de baleines, dont certaines accompagnées de leur baleineau, se nourrissant du
krill dans la péninsule. Autour de Podorange elles s’étaient comme données
rendez vous, et nous ont offert un ballet majestueux que leur masse rend
celui-ci véritablement incroyable. Il existe ainsi des spectacles que l’on croit
connaître sans les avoir jamais vus de nos yeux vus, parce que maints films et
documents les montrent à satiété, et qui lorsque l’on a la chance d’y être
véritablement vous enchantent et vous sidèrent encore plus que tout ce que vous
aviez pu imaginer ! Quelle agilité, quelle grâce, on dirait qu’elles émergent de
l’eau au ralenti, ouvrent parfois leurs immenses bouches comme pour filtrer
l’énorme quantité d’eau qu’elles contiennent afin de ne retenir dans leurs
fanaux que le krill dont elles se nourrissent en abondance. Puis lentement elles
replongent et leurs magnifiques queues aux dessins géométriques parfaits, de
couleur blanche d’un côté, noire de l’autre, les propulsent vers les profondeurs
auxquelles l’homme rêve. A peine l’une avait disparu que des puissants jet d’eau
pulvérisée s’élevaient ici puis là, comme si elles entendaient nos
applaudissements et nos « bis ». Que dame nature soit remerciée et préservée !
Merci aussi à l’équipage qui sait nos attentes et se met en
mille sans cesse pour les satisfaire.
La fébrilité règne parmi nous sur le bateau car nous
préparons nos sacs pour les deux jours à venir, pendant lesquels nous ne
pourrons communiquer. Nous débarquons en effet demain, emportant avec nous
tentes, sacs de couchage, vivres, pour réaliser l’ascension du Mont Parry, déjà
évoqué, situé sur l'île Brabant, si toutefois la météo, très incertaine et
jamais durable ni dans un sens ni dans un autre, nous y autorise. Les
différentes informations que nous recevons semblent confirmer une fenêtre météo
possible et donc nous partons. Les choses plus sérieuses commencent donc comme
en témoigne le poids des sacs. Il ne nous est en effet pas possible de tirer les
pulkas, car la pente est raide et commence dès le bord du glacier.
Au revoir le confort douillet du bateau qui équipé d’un
chauffage très performant (toutes les cabines bénéficient d’un radiateur, ainsi
bien sûr que le carré), d’une cuisine encore plus performante et d’une épatante
cuisinière-navigatrice expérimentée (concurrente de la mini-transat).
Merci aussi à vous de nous lire !

On dirait que cette baleine et son baleineau rient à gorges déployées. Du
plaisir de nous voir ?

Ce n'est qu'un au-revoir

Gorge déployée, oui, assurément pour une menace

Blessé, le léopard des mers demeure méfiant et dangereux

Alwin au moulinet pour hisser Vincent en haut du mât


Etrange animal sculpté par le vent et le soleil

Le sommet en arrière plan, notre objectif pour les deux prochains jours
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