Sommes toujours
au mouillage à Port Lockroy.
A six heures ce matin,
coup d’œil rapide dehors pour constater : une visibilité nulle, un vent nul, un
froid nul (o°). Au Sud Ouest, à 3 miles d’ici, nos guides nous ont repéré, sur
l’île Doumer, la dominant, une belle structure glaciaire comportant un sommet à
l’altitude modeste, offrant néanmoins à nos peaux de phoque (synthétiques, que
les non initiés se rassurent) impatientes une pente à gravir sous conditions
incertaines.
A sept heures tout le
monde est à peu près sur le pont, ou plutôt sous le pont et le bateau s’anime
alors d’allées et venues incessantes provoquant dans l’artère centrale de notre
belle unité des encombrements inévitables.
A huit heures, Podorange
lève l’ancre et, au moteur, tandis que nous prenons des forces, nous achemine
vers notre lieu de débarquement.
A neuf heures tout le
monde est cette fois-ci sur le pont, prêt à embarquer sur le zod (pour zodiac).
A dix heures, notre
groupe de huit skieurs (Hervé, conquis par notre activité, a décidé de rejoindre
définitivement la sous section ski de la SMM), à allure sportive, toujours sans
vent ni visibilité, aperçoit les premières crevasses.
A onze heures nous
traversons l’une d’entre elles dont la lèvre supérieure semble représenter une
vague déferlante telle que représentée sur maintes gravures et peintures
figuratives. La vague énorme et d’un gris menaçant se retourne sur elle-même, au faîte de son
apogée, pour retomber en une multitude de sculptures
d’écume blanche menaçant la chaloupe qui se trouve dans le creux de la vague,
tandis que les marins jettent un regard terrorisé sur sa crête surplombante.
Les structures de glace qui nous dominent restent, heureusement, figées et
l’on est admiratif et bien sûr impressionnés par la beauté massive et fine tout
à la fois de cette construction également naturelle et éphémère.
A onze heures trente
nous atteignons le sommet et décidons de redescendre par l’autre versant qui
semble plus débonnaire aux experts.
A treize heures nous
sommes à nouveau au sommet après avoir effectué une descente gratifiante puis
une montée qui ne le fut pas moins.
A quatorze heures trente
nous sommes de nouveau à bord : soupe chaude, spaghettis bolognaises (1.5 kg).
A quinze heures trente
le bateau est étrangement silencieux...
A dix huit heures tout
le monde épluche, sauf celui qui tient la plume, dispensé de corvée. On comprend
mieux ainsi quels sont les vrais ressorts de l’écriture !
Vers vingt deux heures,
le poulet au curry sera prêt et une nouvelle discussion s’engagera alors ; il
n’est pas impossible qu’elle traite de l’empreinte carbone ou, peut être, de la
meilleure façon de distinguer les manchots mâles des manchots femelles.
Ainsi, trop rapidement,
une nouvelle journée s’est écoulée.

Thierry et Alwin nous montrent là où il est préférable de ne pas aller...

... pourtant nous y sommes !

Gouffre, cathédrale ou écume de vague ?

Cormoran royal, mâle ou femelle ?
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